Les Femmes dans la Conférence Nationale du Bénin en 1990

En décembre 1989, après des mois de contestations internes, de pressions externes et de tentatives d’ouverture, le président Mathieu Kérékou du Bénin, porté au pouvoir par un coup d’État le 30 octobre 1972, met fin au règne du parti unique, abandonne le « marxisme-léninisme » et convoque une « Conférence nationale des forces vives de la nation. » Celle-ci, qui devra servir de base à la définition d’un ordre nouveau, se tient du 19 au 28 février 1990 sous la direction de l’archevêque de Cotonou, Mgr De Souza. Ayant proclamé sa souveraineté et le caractère exécutoire de ses décisions, elle amorce le changement de régime. Après dissolution des anciennes instances « révolutionnaires », des institutions de transition sont mises en place : Nicéphore Soglo est élu premier ministre d’un gouvernement d’intérim, un nouvel organe législatif (le haut Conseil de la République) est créé et des élections législatives et présidentielles prévues pour l’année suivante. Un an après, le 21 mars 1991, N. Soglo est élu président et ouvre officiellement la période du Renouveau démocratique.

Constituaient cette conférence, 493 délégués, issus de tous horizons : organisations politiques du pouvoir et de l’opposition, syndicats, lobbies des rois et chefs traditionnels, association des femmes juristes, groupement des jeunes du quartier de Midonkpelé ou encore le conseil consultatif des jardiniers de Cotonou s’y côtoient. Le tissu associatif béninois, dans toute sa variété, constitue la trame sociologique. Et pourtant, parmi tout ce beau monde, il n’y avait que 15 femmes soit 0,3% du total des délégués !

Alors que sur 100 Béninois on comptait au moins 51 femmes, ce déséquilibre sociologique en dit long sur la faible représentation de la gente féminine dans les affaires publiques du pays. Et le cas échéant, les femmes assumaient un rôle décoratif, symbolique ou des fonctions auxiliaires. De nos jours, comme le montre la composition du parlement où siègent 7 femmes sur 83 députés, un certain progrès a été réalisé en terme de représentation des femmes. Mais ce progrès reste en deçà du mérite et du droit des femmes. Au Bénin comme ailleurs, en avant donc dans la lutte pour une représentation plus juste des femmes dans la vie politique de nos sociétés !

Binason Avèkes