Portrait : Joenia  Wapixana, Brésilienne de souche, et Combattante Foncière.  

Dans un entretien accordé à ONU Info, à l’occasion du 20e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Durban, elle affirme qu’il est temps de consacrer davantage de ressources à ce combat.   

« Je m’appelle Joenia, je suis membre de la tribu autochtone Wapixana.  

Ma deuxième éducation, comme je le dis toujours, a été le mouvement autochtone, le travail avec les organisations autochtones. Et, surtout, la lutte pour les droits collectifs des communautés.  

La société doit comprendre que la discrimination à l’égard des autochtones a toujours existé au Brésil. Il y a une discrimination à l’encontre des autochtones qui ne sont pas reconnus ou même respectés.  

Vous pouvez consulter les données disponibles sur la discrimination. La plupart d’entre elles ne concernent que la population d’origine africaine, mais pas les autochtones. Il n’existe pas de données à ce sujet. La plupart des études n’abordent pas la question de la discrimination [à l’égard des peuples autochtones]. 

Ainsi, lorsque vous voyez quelqu’un, comme un ministre, dire que les autochtones ne peuvent pas porter de Nike (tennis) parce que cela entrerait en conflit avec les coutumes autochtones ; ou critiquer une femme autochtone qui utilise un iPhone, comme si cela lui enlevait son identité autochtone ; ou ne pas reconnaître les droits des peuples autochtones en tant que citoyens brésiliens, il s’agit d’une sorte de discrimination institutionnalisée.  

Je pense que lorsqu’une personne a été victime de discrimination raciale, ou souffre de racisme, il est nécessaire de la protéger avec toute la mesure de la loi. Il faut signaler l’incident, même si rien n’en ressort. Il est important pour nous de créer une trace de cette phase que nous traversons.  

La Conférence devrait également tenir des discussions sur l’inclusion des peuples autochtones dans le débat sur les politiques publiques, car il est essentiel d’inclure dans la lutte les besoins spécifiques des différents groupes. 

Des ressources, et pas seulement des lois, doivent être mises à disposition. Parce qu’à partir du moment où vous reconnaissez le problème, mais que vous n’avez pas la structure en place pour le résoudre avec les ressources financières pour mettre en œuvre [la politique], vous finirez par souffrir de la même discrimination, et être dans la même situation que lors de la première conférence     

Cet article fait partie d’une série de reportages multimédias publiés dans le cadre des commémorations entourant le vingtième anniversaire de la déclaration de Durban des Nations Unies, considérée comme une étape importante dans la lutte mondiale contre le racisme ».  

Biographie

Joenia Wapixana  

Diplômée en droit de l’Université fédérale de Roraima, Mme Wapixana défend les intérêts des communautés autochtones de l’Amazonie brésilienne depuis les années 1990.   

En 2018, au terme d’une longue campagne, financée à la base par un financement participatif (crowdfunding), elle est devenue la première femme autochtone élue au parlement fédéral brésilien. La même année, elle reçoit un prix des Nations Unies pour les droits de l’homme, une récompense très médiatisée dont les précédents lauréats sont Eleanor Roosevelt, Martin Luther King et Nelson Mandela.  

Après avoir porté le litige foncier « Raposa Serra do Sol » devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme, Wapixana est devenue la première avocate autochtone à plaider et à gagner un procès devant la Cour suprême du Brésil.  

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Commémoration de l’Esclavage des Noirs : 10 Mai et au-delà

Hier dimanche 23 mai 2021, Journée nationale en hommage aux victimes de l’esclavage. Cette journée était placée sous  le signe de la nouvelle génération et de la jeunesse. Présence du maire et des membres du collectif CM98

On pouvait voir exposées, une quinzaine de portes plumes géantes  du plasticien martiniquais DENIS HERELLE et, sur les grilles caddies, des bobines/mémoires …

Place aux images !

10 Mai 2021 en Kit, Jean-Marc Ayrault : « Parce que c’est notre histoire »

La Fondation pour la mémoire de l’esclavage est une institution pour la France d’aujourd’hui.

Parce que la connaissance du passé nous aide à comprendre le présent. Parce que les cultures issues de cette histoire sont des richesses. Parce que, pour lutter contre les discriminations, le racisme et toutes les formes d’atteintes à la dignité humaine, il faut savoir d’où ils viennent.

Vingt ans après la loi Taubira du 21 mai 2001, sa création prolonge et amplifie l’ambition de ce texte qui a fait de la France le premier pays à reconnaître l’esclavage et la traite coloniale comme des crimes contre l’humanité : fondation reconnue d’utilité publique, associée à de nombreux acteurs publics et privés et soutenue par l’Etat, elle travaille à construire un récit national plus juste et plus ouvert, elle valorise l’apport des outre-mer et des populations qui en sont issues, elle rappelle comment les exemples tirés de cette histoire continuent d’inspirer aujourd’hui le combat pour la liberté, l’égalité et la fraternité, en France et dans le monde.

La Fondation assure cette mission avec les moyens d’aujourd’hui. Avec ses cinq programmes Citoyenneté, Culture, Education, Numérique et Recherche, elle s’adresse à tous les publics, en s’appuyant sur les travaux des chercheurs, en travaillant avec l’école, les associations, les artistes et les institutions culturelles, en mobilisant toutes les ressources numériques pour partager le savoir, célébrer la culture, construire une citoyenneté plus forte.

Le Mois des mémoires est…

Commémoration et Education : une Brève Histoire Juridique du Comité Pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage

Le Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage

Le Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage est l’émanation d’une loi adoptée en 2001 par le Parlement français. Le CPMHE n’est donc nullement d’une association ou d’un comité autoproclamé, mais un organisme officiel dont « la composition, les compétences et les missions » sont fixés par décret du gouvernement ainsi que le précise la loi n°2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.

C’est dans l’article 4 de la loi du 21 mai 2001 qu’était prévue l’instauration d’ « un comité de personnalités qualifiées, parmi lesquelles des représentations d’associations défendant la mémoire des esclaves » expose qu’il sera « chargé de proposé, sur l’ensemble du territoire national, des lieux et des actions qui garantissent la pérennité de la mémoire de ce crime à travers les générations. » Un premier comité de douze personnalités a été officiellement installé par le décret n°2004-11 du 5 janvier 2004 pour un mandat de cinq ans. Au terme de ce mandat, le gouvernement a décidé de renommer le comité, d’en renouveler la composition et d’en redéfinir les missions par le décret n°2009-506 du 6 mai 2009.

Un décret n°2012-632 du 2 mai 2012 a prorogé jusqu’au 31 décembre 2012, le mandat des membres du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CPMHE).

Suite au rapport de la mission confiée à Madame Françoise Vergès, Présidente du CPMHE, est promulgué le décret n°2013-382 du 6 mai 2013 modifiant le décret n°2009-506 du 6 mai 2009 relatif au Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CPMHE).

Le décret modifie la dénomination du comité qui devient « Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage ». CNMHE

Il porte à quinze le nombre de personnalités qualifiées nommées par le Premier ministre en raison de leurs compétences et de leur expérience en matière de recherche, d’enseignement, de conservation, de diffusion ou de transmission de l’histoire et des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition.

Il prévoit la participation, à titre consultatif, de représentants des ministres contresignataires du décret du 6 mai 2009 (affaires étrangères, éducation nationale, intérieur, défense, culture et communication, enseignement supérieur et recherche et outre-mer) auxquels sont désormais également associés des représentants des ministres de la justice et chargé de la ville.

Les missions du Comité national sont celles fixées par le décret n°2009-506 du 6 mai 2009.

Enfin un décret n° 2017-314 du 9 mars 2017 modifiant le décret n° 2009-506 du 6 mai 2009 relatif au Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage porte de quinze à dix-sept le nombre de personnalités qualifiées, nommées par le Premier ministre, composant le comité national.

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10 Mai, Commémorer et Éduquer : la Défaite de Napoléon en Haïti

20 mai 1802 : Bonaparte légalise l’esclavage

Par le décret-loi du 30 Floréal An X (20 mai 1802), Napoléon Bonaparte légalise l’esclavage. Par pragmatisme, dans le souci de stabiliser les colonies françaises, le Premier Consul n’a voulu, si l’on peut dire, que maintenir l’esclavage là où il subsistait encore.

Une première abolition très limitée

L’esclavage a été en théorie aboli huit ans plus tôt par le décret de Pluviôse. En réalité, cette mesure sans précédent votée par les députés de la Convention n’a pris effet qu’en Guadeloupe et à Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti).

– La Martinique, occupée par les Anglais, n’en a pas profité et les planteurs ont pu conserver leurs esclaves grâce à la bienveillance des occupants.

– Dans l’océan Indien, les colons de l’île de la Réunion et de l’île de France (aujourd’hui l’île Maurice) ont réussi à s’opposer à l’application du décret.

– Quant à la grande île de Saint-Domingue, elle a attendu le départ des Anglais, chassés par Toussaint Louverture en octobre 1798, pour appliquer le décret et abolir l’esclavage. Encore les anciens esclaves n’ont-ils troqué leur statut que pour celui de travailleurs forcés…

Les colonies en ébullition

Le Premier Consul, pragmatique, aurait sans doute souhaité s’en tenir au statu quo. Mais il est pris de court par Toussaint Louverture qui, à Saint-Domingue, ne veut pas en rester à sa victoire sur les Anglais. 

Le 8 juillet 1801, le leader noir chasse les Espagnols de la partie orientale de l’île et se nomme Gouverneur général à vie de l’île réunifiée. Il mène dès lors une politique indépendante et signe des contrats de commerce avec les États-Unis et la Grande-Bretagne.

C’est plus que n’en peut supporter Napoléon Bonaparte, qui caresse le désir de reconstituer un empire colonial aux Amériques. Profitant du répit offert par la paix signée à Lunéville avec l’Autriche, il décide de rétablir la souveraineté française sur Haïti et la Guadeloupe.

Un décret mal inspiré

Suite à la paix d’Amiens (25 mars 1802) avec l’Angleterre, la Martinique est restituée à la France. Or, l’île n’a pas été concernée par le décret de Pluviôse et continue de pratiquer l’esclavage. 

Bonaparte ne peut plus se satisfaire du statu quo. C’est ainsi qu’il signe le décret par lequel il légalise à nouveau l’esclavage dans les colonies où il perdure.

Cette mesure revient à priver les travailleurs des plantations de leur salaire ; les maîtres ont le droit de punir leurs esclaves sans passer par la justice civile, ainsi que de les vendre, quitte à les séparer de leur famille.

Le décret du 30 floréal An X (20 mai 1802)

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS, BONAPARTE, premier Consul, PROCLAME loi de la République le décret suivant, rendu par le Corps législatif le 30 floréal an X, conformément à la proposition faite par le Gouvernement le 27 dudit mois, communiquée au Tribunat le même jour.

DÉCRET.
ART. Ier Dans les colonies restituées à la France en exécution du traité d’Amiens, du 6 germinal an X, l’esclavage sera maintenu conformément aux lois et réglemens antérieurs à 1789.
II. Il en sera de même dans les autres colonies françaises au-delà du Cap de Bonne-Espérance.
III. La traite des noirs et leur importation dans lesdites colonies, auront lieu, conformément aux lois et réglemens existans avant ladite époque de 1789.
IV. Nonobstant toutes lois antérieures, le régime des colonies est soumis, pendant dix ans, aux réglemens qui seront faits par le Gouvernement.

Le décret du 30 floréal va avoir pour la France un résultat désastreux en poussant à la révolte les anciens esclaves de Saint-Domingue et en précipitant la perte de l’île.

Commémoration et Education : Lettre à une Jeune Révoltée de Vingt ans sur la Responsabilité des Africains dans la Traite Négrière, etc.

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Lettre à une Jeune Révoltée de Vingt ans sur la Responsabilité des Africains dans la Traite Négrière, etc.

Ma Chère Sophie,

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Tu me demandes comment se fait-il que la traite négrière a duré quatre siècles et comment une telle horreur est-elle possible ? Tu veux savoir aussi ce qu’il en est du rôle des anciens royaumes africains dans cette lugubre entreprise de réification de l’homme. Tu demandes : «  Nos royaumes vendaient-ils les nôtres ? » Et, sceptique, tu dis : «  Je n’arrive pas à y croire, pouvez-vous éclairer ma lanterne Grand-Frère ?»

Ma jeune amie, la fougue de la jeunesse te porte sans retenue à poser à l’homme mûr que je suis des questions aussi directes que pertinentes, sans prendre si je puis dire de gants ni tourner autour du pot. Je te félicite pour ta franchise intellectuelle et ta volonté de savoir, ton esprit curieux aussi.

Apparemment distinctes, tes  deux questions sont en vérité liées ; d’abord dans un rapport de cause à effet ; mais aussi, comme ce fut par exemple le cas avec les Indiens qui refusèrent farouchement d’y prêter flanc, parce que la traite négrière n’aurait pas été possible si les Africains n’y participaient pas d’une façon ou d’une autre ; ou, pour le dire concrètement, si les Africains – rois et populations – avaient préféré la mort à l’esclavage et s’étaient tenus fermement à cette attitude éthique et philosophique, ce système inhumain n’aurait pas perduré encore moins prospéré.

Ceci n’est qu’une façon de poser les liens entre les deux questions, mais non une manière de réponse par pirouette pour les éluder. C’est une question de méthode. Ma réponse ne sera pas fondée sur une démarche historique mais elle se basera sur un raisonnement logique selon une méthode d’extrapolation inductive. Dès lors, je ne viserai pas séparément chacune de tes deux questions, mais les engloberai toutes dans le même champ d’éclairage formel.

De nos jours, malgré leur naturalisation, il y a des horreurs et des choses terribles ou impensables qui rythment le cours de l’humanité et dont un grand nombre ont l’Afrique pour théâtre. On peut citer pêle-mêle le génocide du Rwanda, dans lequel, l’Occident chrétien, notamment la France, soi-disant patrie des droits de l’homme, a une responsabilité directe, en dépit de la dénégation et de l’impunité dont elle fait l’objet ; on peut citer l’existence de monarques kleptocrates, sanguinaires comme ceux du Togo, du Cameroun, du Gabon, des deux Congo, de l’Ouganda ; on peut aussi citer les tentatives de migration convulsive de la jeunesse africaine vers l’Occident avec les désastres qu’elles génèrent comme la persistance de l’esclavage des Noirs dans les pays arabes ou les naufrages d’embarcations de fortune faisant régulièrement des dizaines voire des  centaines de victimes ; on peut mentionner les guerres, le terrorisme qui sévit dans des pays comme le Nigeria, la situation paradoxale de l’Afrique au travers de laquelle le continent  le plus riche du monde en matières premières se trouve abriter les populations les plus pauvres de la terre.

Lire aussi : L’Inexcusable Amnésie des Noirs Face à la Cruauté Historique des Arabo-musulmans

Cette liste de calamités et de paradoxes, comme tu l’imagines,  n’est pas exhaustive et est loin de remplir le tableau noir de la condition africaine. Dans plusieurs siècles, si ces problèmes auxquels le continent africain est confronté ne trouvent pas de solutions, il est fort à craindre que la condition des Africains s’aggraverait au moment même où partout ailleurs dans le monde les autres peuples seraient sinon dans la prospérité du moins dans le bien-être. Et si, comme il faut toutefois l’espérer la condition actuelle de l’Afrique venait à être conjuguée au passé, tout esprit observateur curieux des faits historiques, se demanderait, comme tu le fais aujourd’hui : «  est-ce que ces horreurs et paradoxes ont vraiment existé ? Et comment peut-on être par exemple le continent le plus riche de la terre et abriter en même temps les populations les plus pauvres du monde ? » Ce même esprit curieux, dans sa logique, en bon observateur des faits historiques demanderait aussi, comme toi, comment nos ancêtres ont-ils accepté cela ? Y ont-ils une part de responsabilité ?

Cette dernière question est de la même nature que celle, très polémique, qui se pose concernant la responsabilité éventuelle des Noirs dans la traite négrière. Or, il s’agit d’une question piège que la ruse idéologique occidentale affectionne, dans la mesure où elle constitue un dérivatif commode de sa responsabilité historique et de la persistance de son activité de prédation en Afrique.

Ma chère amie, bien que ton jeune esprit révolté et de bonne foi s’en étonne, la traite négrière a  non seulement existé mais elle a fait rage non pas pendant quatre jours, ni quatre semaines ni quatre mois ni quatre années ni quatre décennies, mais au moins pendant quatre siècles bien comptés !

De même, aujourd’hui, nous sommes soi-disant indépendants depuis  soixante ans. Mais, on peut aussi se demander comment notre indépendance nous a été subtilisée depuis 60 ans, pendant que nous prétendons benoîtement, à l’instar de ceux qui en disposent à leur gré, que nous sommes indépendants ? Si ce consensus frauduleux dure quatre siècles, que répondra-t-on à un esprit curieux des temps à venir qui en questionnera  la réalité ou le bien fondé ? Voilà une question qui renvoie à la question réelle portant sur les faits tout aussi réels comme la traite négrière dont les Noirs d’Afrique ont été victimes durant au moins quatre siècles.

De nos jours, prends un pays comme le Gabon. Peut-on supposer qu’un Président de ce pays – fut-il démocratiquement élu – peut ne pas s’appeler Bongo ? Une telle supposition, à s’en tenir aux faits politiques empiriques portant sur les cinquante dernières années, semble relever de la théorie ou de la fiction. Supposons toutefois qu’un tel Président émergeât par miracle, peut-on imaginer un seul instant que cet homme refuse de servir les intérêts de la France au détriment de ceux du peuple gabonais comme le font les Bongo depuis plus de cinquante ans ? Eh bien, un tel homme, aussi téméraire soit-il, n’aura le choix qu’entre deux options dramatiques : ou bien il se retrouve à six pieds sous terre comme Sankara ou Kadhafi  – et tout le monde sait le rôle que la France a joué dans ces odieux assassinats fomentés par l’internationale occidentale – ou bien il se retrouve à la Haye comme Gbagbo, dont on sait le rôle joué par la France avec l’appui des États-Unis dans le sort qui lui est fait.

Lire aussi : La Résistance Africaine à la Traite Négrière

Dans quatre cent ans, lorsque, à force de s’empirer, la situation de l’Afrique serait devenue alarmante, un esprit curieux comme le tien se demanderait quel est le rôle des Africains dans la malgouvernance, comment expliquer l’extraversion servile des élites, l’emprise et les ravages de l’aliénation symbolique et la misère généralisée qui sévit sur le continent. Poussant plus loin sa logique, cet esprit curieux se demanderait comment un faisceau d’Africains intelligents et déterminés, soutenus par les masses unies comme un seul homme, comme cela s’est toujours produit dans l’histoire des grandes nations de par le monde, n’a pu relever la tête et le défi du leadership pour une Afrique autonome, autocentrée, libre et prospère ? Se posera alors la question de la responsabilité des Africains dans ce désastre. L’esprit curieux voudrait savoir si ce sont les dirigeants Africains qui on conduit leurs propres peuples vers cet antre de désespoir à nul autre pareil dans le monde ? Et comment cela est-il possible ?

La sociologie politique de l’Afrique du temps de l’esclavage est la même que maintenant. Avec les mêmes rapports de force imposés par l’Occident capitaliste, raciste  et impérialiste. Jadis, l’Afrique avait ses Mandela, ses Nkrumah, ses Sankara, ses Ngouabi, ses Murtala, ses Nyobé, ses Kadhafi, ses Laurent Désile Kabila, ses Gbagbo,  ses Tombalbaye, ses Keita, ses Touré, ses Cabral, ses Machel, etc.. Mais, elle avait aussi, soutenus d’une main de fer par l’Occident, la venimeuse engeance des Biya, des Bongo, des Eyadema, des Nguesso,  des Yayi, des Ouattara, des Sall, des Joseph Kabila, des Boigny, des Bokassa, des Idi Amin Dada, des Déby, des Museveni, etc…

Et comme la raison du plus fort est toujours la meilleure c’est cette tourbe infecte de pantins kleptocrates antipatriotiques et sans vision qui l’emporta, dans l’impuissance des patriotes africains. Ce qui explique la condition du continent africain, hier comme aujourd’hui. Ma chère Sophie, si tu considères que la traite négrière est l’équivalent de l’or noir d’aujourd’hui, tu comprendras qu’aucun dirigeant africain actuel ne peut pas plus refuser le pillage des richesses du continent que ses prédécesseurs d’il y a quatre ou cinq siècles ne pouvaient s’opposer avec succès à la traite des Noirs ! Ce qui montre que la question de la responsabilité des Africains dans la traite négrière est un fausse question.

Ma Chère Sophie, il n’y a aucune rupture dans l’état des forces qui agissent sur leur destin depuis cinq siècles que l’Occident est entré en contact avec les Africains. La question de savoir comment l’esclavage a pu exister et si les Africains en étaient complices est une question fausse. De la part de l’Occident, elle constitue un dérivatif à l’immensité de sa responsabilité et à l’impénitence de son parti-pris prédateur sur le continent africain. Soyons clairs, il ne s’agit pas d’exonérer les Africains de leur responsabilité dans l’histoire. Le problème n’est pas de savoir s’il y a des chacals ou des vautours dans la jungle. La vérité est que tant que le lion y demeurera roi, et tant que continuera de régner le désordre ordonné de la jungle dont les fauves tirent parti, il n’y a aucun sens à blâmer les chacals et les vautours. Comme je viens de te le montrer par une méthode d’extrapolation régressive, s’appesantir sur la question piège du rôle ou de la responsabilité des Africains dans la traite négrière, n’est qu’une manière subtile d’ajouter l’injure à l’insulte de leur intelligence.

Alan Basilegpo

Traite Négrière : la Réparation, une délivrance pour l’Afrique

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Pour la traite négrière transatlantique, outre l’argument  dilatoire de la traite arabo-musulmane soulevé à la conférence de Durban en 2001, les Occidentaux ont beau jeu de rétorquer que les Africains se vendaient eux-mêmes. Argument spécieux mais à quoi, on peut répondre — à supposer même qu’il ait quelque once de vérité — que ce n’est pas parce qu’une fillette de 7 ans se fait prostituée qu’un homme de 40 ans va la violer. Mais passons.

Quid d’une autre tragédie non sans rapport de cause à effet avec la traite transatlantique industrielle, à savoir l’extermination des Amérindiens. Ceux-ci se suicidèrent-ils massivement, après avoir été « découverts » puis « conquis » ? Se sont-ils auto-exterminés ?

Je pense que par rapport à leur responsabilité historique, il faut que les Européens consentent à être un peu sérieux, et arrêtent de prendre les descendants de leurs victimes pour plus idiots qu’ils ne sont. Car ce serait,  comme le disent les Anglais, ajouter la blessure à l’insulte, ce qui revient à  doubler ses torts d’un affront.

Au lieu de fuir dans la dénégation en usant d’armes rhétoriques idiotes, dans le cas de l’Afrique, dont ils ont abusé de manière ineffable sur plus de quatre siècles, les  Occidentaux doivent être contraints d’accepter l’effectivité de leurs crimes et d’en payer la note. La réparation nécessaire calculée sur la base des fortunes colossales générées par  les quatre siècles de traite négrière transatlantique ne serait bien sûr que matérielle, car aucune réparation morale ne peut être apportée à l’Afrique pour les viols, les souffrances, la dénaturation, la réification, la déshumanisation  et les pertes immenses qu’elle a subies.

Les Africains doivent se battre pour exiger  cette nécessaire réparation. Ce n’est pas seulement une question de justice  ni de droit, mais comme le montre l’histoire du temps présent, la réparation est devenue la condition sine qua non d’une délivrance de l’acharnement pluriséculaire et multiforme de l’Occident sur le continent africain.

Si 60 ans après ce que l’on appelle les indépendances nous sommes encore dans l’antre du néocolonialisme et en subissons les affres jour et nuit, c’est parce que nous n’avons pas exigé et obtenu réparation pour le colonialisme, dont l’actuel président français a pu dire lui-même que c’était un crime contre l’humanité. Si nous avons subi le colonialisme c’est parce que nous n’avons pas exigé et obtenu réparation pour  la traite négrière transatlantique que nous avons subie.

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La problématique de la réparation, à l’instar de celle de la traite, pourrait bien sûr et devrait être à terme considérée de manière plus systématique ; ce qui implique aussi, dans le même élan de pointer du doigt la traite arabo-musulmane qui, à certains égards, a été à la fois plus dévastatrice et plus cruelle, en raison justement de la dénégation dont elle est l’objet, mais aussi de ses méthodes et sa finalité génocidaire occultée. Mais le souci des Africains ici et maintenant étant celui de leur délivrance du joug continu de la domination coloniale, force est de donner priorité aux actions et combats qui la conditionnent. Et de ce point de vue,  l’intelligence commande de donner priorité au combat pour la réparation de la traite négrière transatlantique.

Adenifuja Bolaji

La Résistance Africaine à la Traite Négrière

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