Madame Abomah : Souvenir d’une Grande Dame

Mme Abomah,

Ella Williams, autrement connue sous son nom de scène de Mme Abomah, était, à la fin des années 1800, décrite comme une femme extraordinaire qui mesurait plus de 2 m 45 de hauteur et pouvait facilement supporter le poids d’un homme sur son bras tendu.

Née en Caroline du Sud aux États-Unis en 1865 de parents esclaves, elle-même ne connut pas ce statut, sa naissance intervenant 10 mois après le 13 ème amendement à la constitution du pays qui avait aboli cette pratique inhumaine pluriséculaire.

C’est donc dans ce climat post-esclavage marqué par les lynchages, la discrimination, et autres pratiques d’oppression des Noirs qu’Ella Williams a grandi pour devenir une célébrité internationale. Elle a voyagé partout dans le monde en tant que femme la plus grande du monde.

En grandissant, Williams a été contactée par divers promoteurs de cirque et de spectacles pour signer un contrat et une tournée en tant que géante, en raison de sa taille imposante, conséquence d’une malaria contractée à 14 ans.

Williams a refusé ces offres des promoteurs de spectacles avides de montrer du Noir comme une bête de cirque ; conformément à une culture de zoo humain à laquelle — des soi-disant Expositions Universelles aux cirques itinérants de promoteurs privés — les Noirs étaient amenés à contribuer de gré ou de force. Cependant, malgré sa répugnance à cette culture contraire à la dignité humaine, alors quelle travaillait comme cuisinière dans sa Caroline du Sud natale, Ella a accepté d’être embauchée par Frank C. Bostock pour une tournée des îles britanniques en 1896.

L’histoire dit que Bostock à l’époque a pimenté quelque peu l’image de son personnage pour la  promotion de son spectacle. Il a donné à Williams le nom de scène Abomah, un nom dérivé d’Abomey, la capitale du Royaume du Danhomè (aujourd’hui au Bénin).

Il a en outre promu Abomah en tant que membre de l’une des légendaires Amazones du Danhomè, la force de combat entièrement féminine qui existait à l’époque.

Bostock a produit le spectacle d’Abomah en Europe parce que le racisme aux États-Unis était alors très fort. Et tout ce qui pouvait faire voir un Noir sous un jour un tantinet positif, dans cette Amérique qui puait encore les relents de l’esclavage, était hystériquement rejeté. Mais le manager, qui ne manquait pas de flair, savait qu’en Europe, le racisme antinoir avait un aspect bon enfant et gentiment paternaliste que les qualités physiques et esthétiques extraordinaires de sa géante africaine pourrait flatter. De fait, il avait vu juste car en Europe, la belle et royale Mme Abomah reçut un accueil enthousiaste et massif.

Au cours de ses 30 ans de carrière, Mme Abomah a non seulement fait une tournée en Grande-Bretagne mais également dans la majeure partie de l’Europe continentale, en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Cuba et en Amérique du Sud.

Mme Abomah avait également des vêtements très chers et de taille, ce qui rehaussait l’élégance de l’Amazone géante et lui donnait une allure de reine.

Lorsque la Grande-Bretagne a déclaré la guerre à l’Allemagne en août 1914, Mme Abomah a annulé ses tournées et est revenue aux États-Unis en mars 1915.

Elle a travaillé pour Ringling Brothers, Barnum & Bailey et à Coney Island.

Mme Abomah faisait encore des spectacles dans les années 1920 avant de quitter la scène.

Mme Abomah est décédée sans ressources, le 4 mars 1925, abandonnée et oubliée. Mais maintenant, nous devons la célébrer comme l’une des grandes femmes noires qui ait jamais vécu.

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Linda Nukunu & Ahandeci Berlioz