A toi Mon Amie

A toi mon amie,

Aujourd’hui, je t’annonce notre séparation.

Il est temps que chacune vogue vers des destins différents.

Cela fait trop longtemps que ta compagnie me pèse et m’emprisonne !

Peur, crainte, souffrance et dénigrement ont été tes armes de précisions pour me confiner dans ce bonheur illusoire cette prison sans barreaux.

O toi mon amie, qui a pour nom, violence invisible.

Je te quitte vers d’autres cieux.

Je te dis adieu.

Violences faites aux Femmes Novembre 2019

Elle est penchée au-dessus de lui

Elle le contemple avec une tendresse ineffable

Lui c’est son unique enfant, son fils, être unique

Ses yeux clos ne s’entrouvrent plus, il ne bouge plus

Il est enserré dans les bras du coma et de la morphine

Elle est là, l’accompagne dans le dernier périple de sa vie

Elle voit sa respiration cesser, entend les machines se faire sirènes

Le cœur a cessé de chanter

Il a rendu l’âme

Un sanglot réfréné la traverse de part en part

Les amis les enveloppent d’un cocon de douceur tous les deux

Elle prévient ses voisins, ses amis de par le monde de son départ

Elle récolte des sanglots sans fin, cela l’épuise

Elle se vit comme une semeuse de graines de chagrin

Elle mesure l’amour qu’il avait généré

Et cela elle veut le magnifier

Elle écrit la cérémonie de ses funérailles

Des musiques dans la joie fêtent la reconnaissance de son charisme

d’empereur, son ouverture de cœur

Les prières dites seront celles de toutes les confessions religieuses

Elle mènera l’office en son honneur.

La lugubrité des croques-morts n’est pas faite pour lui ni pour elle

Pendant ce temps-là, l’hydre armée de tentacules urticantes de

violence, patiente

Il avait choisi d’être incinéré

Ses amis de même confession religieuse lui écrivent, pour lui dire

qu’une maman ne brûle pas son fils.

Sous le reproche elle s’insurge, elle ne brûle pas son fils, elle

respecte son choix.

Puis les instances administratives, avec leur rigueur, leurs exigences

 Epluchent son exécution.

Le lieu où il est décédé lui écrira pour l’informer qu’il reste

Redevable de ses frais d’hospitalisation.

Heurtée de plein fouet elle se rend à l’accueil des services.

Elle y énonce avec une force calme que son fils a reçu un courrier

mais dit-elle il ne peut le lire : il est mort.

Les sourires de bienvenue s’affaissent : il s’agit d’une erreur

administrative.

Malgré toutes les pièces officielles produites, il lui sera demandé

aussi de prouver que son fils est bien son fils…

Le poids du choc émotionnel alourdissant ses pas, elle parcourt des

Couloirs qui lui amèneront la réponse :

Ce qui lui est demandé  c’est un extrait d’acte de filiation.

Le personnel administratif n’a donc pas connaissance des termes précis

des documents administratifs ?

La Sécurité Sociale omettra de l’informer au sujet du capital décès.

La banque quant à elle ne donnera aucune information sur comment

Percevoir les sommes dues au décédé, les virements étant rejetés

elle apprendra plus tard que les chèques sont acceptés.

L banque ne saura non plus donner le nom du bénéficiaire

d’un prélèvement rejeté.

Etrange, étrange

Le dossier traînera donc 4 mois, un temps mis à profit par la banque

pour faire travailler l’argent, lui facturant 300 euros de frais de

gestion pour un travail qu’elle-même avait effectué.

Pour disperser les cendres de son fils, la personne qui suit le

dossier est prise d’une impatience colérique, trouvant

 son avancement trop lent…

Sur chaque bâtiment de l’Etat n’est-il pas gravé Liberté, Egalité,

Fraternité ?

 L’empathie n’est-elle pas l’essence de la Fraternité ?

Je ne crois pas avoir vu mon père frapper ma mère.

Je ne me souviens pas de ces violences.

Je me souviens de ma mère qui avait eu des bleus sur les bras. Une empoignade ?

Je n’ai jamais vu de coups.

Mon père n’a jamais levé la main.

Sur moi non plus, sa fille.

Lui, avait été « redressé »,

à coup de ceinturon, par sa mère.

C’était pendant la seconde guerre mondiale.

Mon grand-père était prisonnier et ma grand-mère élevait seule deux garçons, un peu chenapans.

Mon père a fait la guerre d’Algérie.

Mais je crois qu’il était pacifiste.

J’ai reçu de claques et des fessées par ma mère.

On n’élève plus les enfants comme ça.

Je me sentais davantage humiliée que douloureuse.  Ah non ! Je n’aimais pas ça.

Je n’aimais pas.

Adulte, qu’est-ce qui m’a fait décidé que je ne tolèrerai jamais la violence d’un compagnon à mon encontre ?

Je ne sais pas.

Mais je me disais :

« Si on me frappe, je pars. »

A une époque, je louais une chambre,

dans une ville où je faisais mes études.

Mon compagnon d’alors est venu me rejoindre un week-end.

C’était un dominateur, un dominateur très intelligent.

Violent et humiliant dans le verbe, mais jamais dans les gestes.

Jusqu’à ce jour :

Je me souviens être dans la cuisine avec lui.

Une dispute éclate. Fort !

Je m’oppose,

ce que je faisais rarement.

Je m’oppose très fermement.

Je ne sais plus pourquoi : je me suis retrouvée accroupie contre la cuisinière.

Les tours étaient montés.

Oui, ça y est !

Je me souviens !

Nous étions debout face à face.

L’affrontement c’était durci.

Il a attrapé une poêle à frire, grande et lourde, et il l’a brandi au-dessus de ma tête.

Il m’a fait peur.

Ma colère et mon niveau d’énergie ont  chuté d’un coup et je me suis accroupie contre la cuisinière.

J’ai pensé : « Tu vas peut-être me fracasser la poêle sur la tête, mais ce sera la seule et unique fois que tu le feras. »

Je l’aimais, j’étais très amoureuse, j’étais aussi absolument sous son joug et manipulée par lui.

Je lui ai dit, très calmement, de façon très posée, à voix presque basse et dans une tonalité grave :

« Demain, je veux que tu prennes toutes tes affaires et que tu t’en ailles. Je ne veux plus te revoir. »

Le bras armé s’est détendu, il a relâché la tension

et posé la poêle, il est sorti de la pièce.

Et j’ai mis un an de plus à le faire sortir de ma vie.

Léo décroche le téléphone ce matin.

Il n’y a que lui qui peut le faire.

Au bout du fil c’est sa mamie.

C’est sa mamie à qui il répond

et il dit :

« Papa, il a tué maman, Gilles et lui. »

Léo, qui n’a pas tout a fait 6 ans

vient de passer la nuit avec son petit frère de 9 mois,

dans une maison où les adultes sont morts.

Son papa, la veille, a tué sa maman

le nouveau compagnon de celle-ci

puis il s’est donné la mort.

Et il n’y a plus d’adultes pour parler.

Plus de parole de parents.

C’est l’enfant qui doit dire.

Et Léo n’a pas 6 ans.

Comment Je fais

Comment je fais ?

en tant que femme,

et tant que mère,

pour dire à ma fille  :

« Ne supporte aucune violence qu’on te fera. 

Pars, quitte, vole !

De tes propres ailes.

Aime un homme, choisis-le

s’il veut te battre

Pars, quitte, vole !

De tes propres ailes. »

Comment je fais ?

pour lui faire comprendre.

Milie

Quatre années d’amour,

Milie a pris du poids… sans doute des petits soucis avec sa contraception…

Quatre années d’amour,

Milie a le teint terne, les traits tirés, pas de doute des nuits trop courtes…

Quatre années d’amour,

Milie n’est plus du tout coquette, trop occupée par ses cours, son premier amour…

Quatre années d’amour,

Milie montait quatre à quatre les marches de l’amour,

Un jour,

Elle a levé tous les doutes…

Elle a dit non à la violence !

Affres sans Fin